lundi 26 novembre 2007

Yerbateros

Où fus-je donc, au lieu d'étudier comme je l'aurais dû ce dimanche? À Yerbateros. Pas la peine de chercher sur une carte, c'est simplement une colline de Lima, dans le district d'El Agustino, et pourtant tellement loin.


Presque tous les mois, un groupe de la Católica s'y rend, pour faire des activités avec les enfants, visiter quelques maisons et célébrer une messe, en musique. Ils organisent aussi une grande fête à Noël et y restent quinze jours à la fin des vacances d'été.

Cette fois-ci, pas de cometas (cerf-volants) mais, comme Noël approche, nous avons aidé les enfants à faire des Couronnes de l'Avent (qui commence la semaine prochaine). J'avais oublié les joies du papier-crêpon et de la colle qui colle aux doigts.

Les enfants sont adorables, un peu morveux, assez sales, tellements gentils et étrangement sages. Pas de caprices ni de disputes. Et si craquant avec leurs "Hermaniiito, dame una vela..." (Petit frère, donne-moi une bougie...). Ceux qui étaient avec moi ont super bien travaillé, et leurs couronnes étaient très réussies.

J'aime bien cette photo. Deux petites péruviennes, juchées sur je ne sais quoi, regardent par les fenêtres sans vitres du local communal, un grand sourire dans leurs yeux noirs, sur fond de Lima. C'est après coup que je réalise à quel point elles ont des adorables p'tites têtes de Péruviennes, avec cette belle peau foncée.

Leurs familles habitent le cerro, la colline, dans un district où la dernière réalisation municipale est la construction de vingt mètres d'escaliers en ciment. La plupart ont l'électricité, mais le sol reste de terre battue et les enfant jouent dans les gravats et les ordures. Il y a pas mal de prosélytisme évangélique. Il y avait même une affiche où ils annoncaient une réunion avec de nombreux témoignages de gens sauvés "de la misère, de la violence, de l'acoolisme, du cancer, de l'honosexualité".

Du cerro, on a une vue magnifique sur Lima. Comme il faisait beau, on pouvait même voir la mer, et les tours des beaux quartiers de Lima. Je crois que les habitants des pueblos jovenes (doux euphémisme pour parler des bidonvilles) détestent ceux de Miraflores ou San Isidro, quartiers riches et chics de Lima. De l'autre côté, un mélange de peur et de méfiance, c'est quand même le quartier des voleurs, des drogués et des terroristes du temps du Sentier Lumineux. Yerbateros, c'est zona roja. Il n'y a d'ailleurs rien à y faire. Le taux de pauvreté est de 52% au Pérou.


Comme tout est construit à flanc de colline, il faut grimper beaucoup. Plus on monte, moins les passages sont entretenus. Mais on y respire mieux que dans le centre de Lima, et les niños y sont adorables.

Journée internationale

J'oubliais : aujourd'hui, coincée entre la Journée mondiale de la Télévision (21 novembre)(qui est aussi la Journée mondiale de la philosophie, Journée nationale de l'ictus en Espagne et Journée internationale de l'épina bifida) d'une part, et la Journée internationale de Solidarité avec le Peuple Palestinien (29 novembre) d'autre part, c'était la Journée internationale d'élimination de la violence à l'égard des femmes, avec un ruban violet associé à cette création de l'ONU.

Ne pas confondre avec le ruban noir (deuil) ou rouge (SIDA) ou vert (contre la violence) ou blanc (engagé-e contre la violence machiste) ou gris (contre la maltraitance des personnes âgées) ou bleu (traversée de l'Atlantique, oups) ou jaune (coureurs cyclistes les plus rapides)...

samedi 24 novembre 2007

El Colegio de Ingenieros

La Señora Adela étant, de par son statut d'Ingénieur Agronome, membre du Colegio de Ingenieros del Perú (CIP), voilà une occasion parfaite pour vous présenter un peu cette particularité de la vie péruvienne.
L'essentiel de la vie associative, sportive, sociale, caricative, etc, des Péruviens (du moins des Liméniens) s'inscrit dans les clubs [prononcer kloub], selon les amitiés ou la profession. Le Colegio de Ingenieros est un beau morceau, avec près de 100 000 inscrits. Il dispose de locaux dans Lima et d'un club campestre à une trentaine de kilomètres de la ville. Avec une belle piscine (on y a été pour une fête en octobre, il y avait un groupe qui jouait de la cumbia, du merengüe et du reggaeton).

Le dernier vendredi du mois a lieu la cérémonie de colegiación des nouveaux ingénieurs, à Lima. Après l'hymne national (Somos libres...), les premiers articles du Code des Ingénieurs sont lus ; puis deux ingénieurs (M/F), au nom de la nouvelle promotion, montent sur l'estrade pour prêter serment -sur la Bible.
Ensuite, en présence du doyen national et du doyen de chaque branche, les nouveaux ingénieurs sont appellés les uns après les autres, selon leur spécialité, pour recevoir leur diplôme et l'insigne du CIP (un pin's rouge). "Dans la spécialité ingénierie forestière, l'Ordre appelle l'Ingénieur Ramón Galverez Santiago..." Lorsqu'un membre de la famille fait également partie du CIP, il vient remettre l'insigne. Une photo au sortir de l'estrade, et le nouvel Ingénieur (que l'on pourra désormais appeller "Ingeniero" au lieu de "Señor"), très fier, retourne s'assoir. Il y a généralement de 100 à 200 nouveaux membres chaque mois.

La cérémonie se poursuit une brève allocution du Doyen, sur la nécessité de servir le Pérou, de respecter les valeurs de la profession, etc. S'ensuit le viril hymne du Colegio de Ingenieros, sur fond de ponts, viaducs, constructions : "Nous sommes le Collège des Ingénieurs, nous sommes constructeurs du Pérou..." L'ensemble forme une cérémonie relativement impressionnante, sous le regard attentif de l'engrenage rouge, un rien franc-macon, présent partout. S'il n'y avait la Bible, je me serais posé des questions :P
Le bon de la chose et que la cérémonie est suivie d'un buffet bien garni, qui est une formidable occasion de jouer les pique-assiettes. Les tables sont pleines de petits pains à garnir de tranchounettes de porc découpées à l'instant par le boucher ; circulent des brochettes, des bouchées de moult choses, des viandailles, ainsi que des plateaux de Pisco Sour (la boisson nationale), de Pisco con algarrobina (mon préféré), de jus de raisin sucré et alcoolisé (du vin péruvien)... chaque fois délicieux, et comme des amis d'Adela veulent me faire goûter tout ce qui passe, on en ressort joyeusement satisfait. Et pour Mam's, c'est ici que l'un des amis d'Adela disait vouloir me faire rencontrer sa fille...

jeudi 22 novembre 2007

Chavín de Huántar 2

Un article supplémentaire pour accompagner la vidéo de Chavín!
Je ne sais pas si la musique apporte grand-chose. Je testerai sans la prochaine fois.

Le site a été inondé en 1933 et 1946 sur plusieurs mètres de hauteur, avec l'épaisseur d'alluvions conséquente. Mais positivement, ces alluvions ont fourni le mortier qui permet aux galeries de rester bien en place. Il y a toujours des parties du site sous la boue qui restent à excaver (pardon, fouiller, hispanisme). Je me rappelle le guide, nous montrant un amoncellement envahi par les herbes un peu à l'écart du site : "au milieu de ces alluvions, on retrouve pas mal de fragments de style Chavín", et Kaulicke, l'air facétieux, de lui répondre "Vraiment? Voyons voir..."
Et le voilà donc en train de gratter la surface pour ramener au doctor quelques beaux morceaux :)

On y voit le Lanzón monolithique qui nous a tant émus. Je n'ai pas grand-chose d'intéressant sous la main, alors je me contente de la présentation wikipedia sur l'art Chavín : "...la sculpture est intégrée à l’architecture, comme le prouve le monolithe du Lanzón, situé dans l'ancien temple de Chavín, et haut de 4,53 m. Ce gigantesque monolithe sculpté sur trois faces se trouvait au centre du temple de Chavin. Sa forme peut rappeler celle d'un bâton à fouir, et laisserait alors à penser que l'être gravé dessus garantit une bonne récolte ; mais d'autres ont fait un rapprochement avec un poignard transperçant le sol. Quoiqu'il en soit, une représentation plus ou moins anthropomorphe marque la surface de la pierre. Ce « vieux Dieu » de Chavin est représenté sous la frome d'un personnage bipède, avec des crocs, un mufle et des serpents en guise de chevelure, une iconographie qui pourrait tirer sa source dans le monde amazonien."
Je ne savais pas ce qu'était un bâton à fouir (ou bâton fouisseur), il s'agit en fait d'une sorte de pieu qui sert à extraire les tubercules ou ameublir le sol. Un instrument aratoire, en somme. On en apprend tous les jours.

mercredi 21 novembre 2007

Pourquoi j'aime le Pérou

Le Pérou.
Je l'aime.
Parce qu'il y a un montón de choses à voir, de sites, de ruines, de villes, et que je suis bien loin d'en avoir fait le tour. Il y a vraiment des millénaires d'histoire ici.
Parce qu'on n'y est pas des Ladies and Gentlemen, mais des Señores pasajeros. Et tout de suite, c'est plus flatteur.
Parce qu'il n'est pas aussi développé, et n'a donc pas (encore) toutes les normes et règles que peut connaître l'Europe. Exemple de l'hygiène. Comme on n'est pas dans l'aseptisation généralisée, on peut partager. En France, on se lave les main pour sortir ses gateaux de leur emballage individuel. Ici, c'est "que je t'emprûnte ta fourchette pour goûter l'assiette du voisin" et "qui veut mordre dans ma glace?". C'est tout bête, mais on ne peut plus le faire naturellement en France.
Comme c'est relativement pauvre, on n'est pas dans l'obsession de la perfection, il faut juste que ca marche. Les jours de crachin, voir les cobradores descendre du combi pour faire tourner l'essuie-glace à la main me fait toujours sourire. Lors du départ de Roissy, ils nous avaient fait changer de bus à l'embarquement parce que la porte ne fermait pas bien... ici, on fait parfois descendre les passagers en marche :)
Parce que les Péruviens ont trop d'honneur pour ne pas travailler, et que les plus pauvres des pauvres qui montent de bus en bus ne font jamais la manche ; ils vendent des bonbons.
Comme le notait une sociologue inconnue, dans de tels cas "on laisse tomber une partie de son petit confort" et "on ne se formalise pas que tout ne soit pas tiré au cordeau" [Loarer, 2007], ce qui est très juste. Bien que pour ma part, j'ai laissé tomber ledit confort au moins depuis mon arrivée à Paris (souvenir ému de ma première chambre... ), je préfère vivre comme cela.
J'ai parfois l'impression de retrouver certains gestes oubliés depuis plusieurs décennies -ou siècles- comme faire tenir une bougie au mur en y faisant fondre un peu de cire, marcher au clair de lune, ou dans le désert, mâcher des feuilles de coca, passer des cols en montagne... Un peu comme on sentirait la froideur des matins d'hiver du XIXe en lisant Gustave Flaubert, si vous voyez ce que je veux dire?

mardi 20 novembre 2007

20 ans encore

Vendredi dernier, petite fête pour les 20 ans... Ca fait plaisir de réussir à inviter une quinzaine d'amis quatre mois après son arrivée :)

La plupart des archéologues, ayant des fouilles le lendemain, sont repartis relativement tôt, assez cependant pour tester un nouveau cocktail dont voici la recette : trois verre de Kola Inglesa (un soda couleur rouge), un verre de Pisco (la boisson nationale, 38 degrés), une boîte de lait condensé, un peu de sucre, nada más! Délicieux.

Ah, et puis ils appellent "Champañe" ce qui n'est en fait qu'une sorte de muscat bien sucré, très bon. Leurs vins rouges aussi sont très sucrés, car gorgés de soleil.

Et les gâteaux bretons pleins de beurre ont été chaleureusement accueillis. Très bonne ambiance, et malgré les commentaires sarcastiques de Melaine, lélitedelafrance se porte bien (mieux que ladite France, à l'ouïe des nouvelles). Na.

Conseil aux organisateurs de soirées avec péruviennes : attention à ne pas placer les bouteilles trop près des Huancaynes (et réciproque-versa), de mystérieuses disparitions sont à constater. Huancayo étant connue pour être la ville la plus alcoholique du Pérou.


Autre conseil : Cacahouette se disant Maní en español, attention à ne pas prendre le paquet de cacahouettes salées pour ce qu'il n'est pas.

jeudi 15 novembre 2007

Avoir 20 ans au Pérou...

Ca ne change pas grand-chose : j'aime toujours autant les cadeaux. Et je suis donc content aujourd'hui. Le philosophe Victor Samuel Rivera m'a offert un article anti-moderne qu'il publie bientôt à l'université de Salamanque, Vexilla Regis Prodeunt Inferni.

Rossy et Adela m'ont toutes deux offert un tee-shirt péruvien.

Une fille d'archéologie qui devait me rendre ma clé USB après mon cours d'histoire est revenue... avec une pâtisserie pour moi (c'était écrit "Para tí"!). J'avais invité Daniel et Omar à déjeuner, et Omar m'a offfert la reproduction d'un tableau que je ne connaissais pas, et qui se trouve être de Blondel : La France, au milieu des rois législateurs et des jurisconsultes français, reçoit de Louis XVIII la Charte constitutionnelle. Ca, c'est un ami! J'irai l'observer au Louvre une fois rentré à Paris. Excellent déjeuner, accompagné de Pisco Sour, et en dessert... une tarte tres leches commandée spécialement pour moi! Miam! Dessus, il y a écrit "Feliz día FRANCOIS". C'était sûrement plus court que "Feliz Cumpleaños". Omar est à droite sur la photo (il va bientôt soutenir sa thèse sur "l'actuation juridique du Saint Siège dans le troisième millénaire"), Daniel est à ma droite.
Sur internet, plus d'une vingtaine de gens qui m'ont écrit, ne serait-ce que quelques lignes... Ahh que ça fait plaisir !


Je sais je parle beaucoup de moi dans cet article mais pour une fois ça fait du bien !


Et sinon, deux colis arrivés : ma Maman qui pense au ravitaillement et m´envoie de quoi survivre dans ce milieu hostile où riz et poulet composent 80 pour 100 de l'alimentation... pâté, saucisson, gâteaux bretons... ils veulent que je rentre, apparemment !!


Pareil pour Milka qui m´envoie un superbe porte-photo et des jolies cartes postales ! Ainsi qu'une chouette petite chouette, mais ca vous ne pouvez pas comprendre.



Mais c´est vendredi que cela va se fêter, en musique, héhé! Et éventuellement avec un vol en parapente au-dessus des falaises de Miraflores pour fêter dignement tout cela, comme je l'avais promis. Parce que ce n´est pas tous les jours que l'on a 20 ans, quand même.

mercredi 14 novembre 2007

"Alors tout sera possible...."

... puisque "à vingt ans, rien n´est impossible" (et ce n´est pas moi qui le dit). Ne tenant pas à vous infliger le coup du "j´avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c´était le plus bel âge de la vie" (d´abord parce qu´à 19 ans, c´était pas mal non plus...)(et que je ne supporte plus les tendances crypto-révolutionnaires de Nizan), je vous offre ce condensé de la philosophie francaise actuelle :

Alors, puisqu´en ce 14 novembre 2007 je fête 20 ans de présence dans ce monde, je tiens à vous remercier tous d´avoir été présents à mes côtés,
je remercie tout particulièrement ma petite maman chérie, mon tout petit papa, sans qui rien n´aurait été possible,
je remercie tous ceux qui y ont pensé (¡un montón!),
et je remercie tout le monde en espérant n´avoir oublié personne.

Maman, j´ai bien recu le colis, MERCI ! Du pâté, du saucisson... le bonheur!

Ah et puis ici personne ne veut me croire, tout le monde me donne bien plus que 20. Ce peut être le résultat de 2 années de moule Sciences Po... mais ils n´auront pas ma liberté de penser.

mardi 13 novembre 2007

Chavín de Huántar

(Cliquez pour agrandir)
Chavín de Huántar ! Civilisation mère des cultures andines ! Matrice des civilisations du Pérou !
Chavín, Centre de pélerinage et lieu de culte !
Chavín, 3500 ans d´histoire, et toujours émotionnant !
Chavín...
Nous y voilà!
On apercoit ici El Castillo, la partie la plus monumentale du site, et la Place Rectangulaire cernée de deux ailes. Un carré quasi-parfait, qui refléte ce trait caractéristique qui se retrouvera dans la plupart des sites de la côte : une forme arquitectonique en "U", deux ailes s'articulant autour d'une pyramide ou d'un temple principal. Il y a une seconde place au pied du Castillo, un peu enfoncée et invisible depuis la place centrale. Une autre caractéristique du style Chavín réside dans le culte rendu au Félin, et particulièrement au Jaguar. Des têtes de pierre monolithes étaient fixées dans les murs, de nombreuses gravures et céramiques reprennent des motifs félins.

Entouré de hautes montagnes, le site de Chavín est particulièrement impressionnant, et j'en suis encore tout émotionné. J'y ai également vu mes premiers vrais lamas, sentinelles du site. Mais le plus de l'affaire est que nous étions en bonne compagnie, et à peine le Professeur Kaulicke s'était-il approché de l'entrée du site, qu'il était reconnu, et nous voilà entrés -sans payer- dans la place. Et accompagnés par un guide qui lui donnait du Doctor (on respecte les titres dans les pays hispaniques) nous avons pu visiter tout, je dis bien tout, le site. On a bien sûr franchi allègrement les limites du chemin balisé pour aller voir l'état de conservation des coulisses, mais aussi les endroits "interdit au public", "défense d´escalader" et les grilles des galeries...
Car le site de Chavín de Huántar compte un certain nombre de galeries : Labyrinthe, Lanzón, Galerie des Offrandes... on y venait recueillir l'oracle, déposer des offrandes... en dehors des étroits conduits d'aération, il n'existe qu´une seule entrée dans l'édifice, qui n'est qu'un grand réseau de galeries.

Dans la Galerie Lanzón, se trouve le Lanzón monolithique, pierre de 4,53 mètres, en forme de croc, immobile depuis 3500 ans -mais légèrement difficile à déplacer, je l'avoue- représentation de la divinité la plus importante de la culture Chavín, félin humanisé sur le corps duquel s'entremêlent les serpents. Le visiteur peut l'entr'apercevoir depuis une grille. Rien que pour nous, et cela a pris du temps pour retrouver la clé, le guide nous a ouvert, et nous nous sommes retrouvés, dix étudiants d'archéologie, béats, réunis au pied du Lanzón, en un long silence religieux, incréduble et croyant, mystique, sans oser parler.

Un moment magique.

Dans une autre galerie, en s'engageant par un trou dans le sol, deux d'entre nous ont visité les galeries intérieures, pour ressortir, en rampant, par un trou dans le mur quelques mètres plus loin...

Ce site est vraiment fabuleux, magique et grandiose. Mon coup de coeur de l´année, sans hésiter !

La suite ici.

dimanche 11 novembre 2007

Huaraz et Willkawain

Etape à Huaraz, à 3027 mètres d'altitude. La ville est connue des voyageurs pour sa position privilégiée dans la Cordillère Blanche, à proximité du Huascaran, plus haute montagne du Pérou (6768 m), ce qui en fait un lieu de départ des Grandes Randonnées (pardon : des treks). J'ai connu réveil plus difficile, admirez la vue à sept heures du matin ! Oui, c'est bien de la neige !

Mais comme nous sommes de sérieux étudiants d'archéologie, n'est-ce pas, nous nous empressons de nous rendre au complexe archéologique de Willkawain, restauré en 2005-2006 grâce à une collaboration avec une entreprise minière.

Il s'agit de trois sites, représentatifs de l'Empire Wari (700-1100 après Jésus-Christ). Rien de très grand, il s'agit simplement de constructions domestiques et funéraires, les chullpas. Ce sont des mausolées sur deux ou trois niveaux : en haut reposaient les corps momifiés des défunts, tandis que des niches abritaient les ofrandes au niveau inférieur. A l'intérieur de la plus grande des chullpas, galeries et chambres mortuaires me fait un peu penser aux tombes étrusques (un peu). C'est bête, mais j'aime bien les nécropoles.

Le site a servi de cimetière pour des personnages de l'élite, ainsi que de lieu de culte lié aux morts et aux ancêtres. Et... l'actuel cimetière du village se trouve juste à côté. Comme nous sommes passés le 3 novembre, juste après la Toussaint, le cimetière était particulièrement fleuri et les gens venaient se recueillir sur les tombes, les entretenir, voire y manger en famille.


vendredi 9 novembre 2007

Routes péruviennes

Petite présentation des routes péruviennes... Comme vous le savez maintenant, la côte est désertique, excepté dans les vallées qui forment des oasis verdoyantes. On peut donc longer le Pacifique, tout en étant entouré de dunes immenses de sable et de rochers. Comme la bande de côte est assez fine, les nuages sont rapidement arrêtés par la Cordilière des Andes, ce qui forme une sorte de voile continu sur une bonne partie de cette région, et est particulièrement flagrant à Lima, où voir le soleil reste un cas rare. A noter qu'au Nord, à la frontière de l'Équateur, règne une sorte d'été permanent, les plages de Piura et de Tumbes étant très réputées.

Cette proximité signifie que l'on peut rapidement passer de la côte aux montagne, mais oui. Les routes commencent par remonter les vallées, avec ce paysage typique de la sierra : la route serpentant d'un côté de la vallée, et au milieu coule une rivière qui favorise les plantations. Plus on monte, plus la route serpente, et moins les pentes permettent les cultures (d'où l'invention des terrasses, ou andenes).

Et une fois parvenue à une altitude raisonnable (3500 à 4200 mètres), défiant les "hauteurs béantes" (magnifique oxymore d'Alexandre Zinoviev), on se retrouve dans la puna, région à la végétation adaptée au manque d'air : petits cactus, plantes maigres... malgré les apparences, tout n'est pas désertique : on trouve, de-ci, de-là, quelques formes humaines, gardant un petit troupeau ; on aperçoit des chevaux, des lamas, des petits bovins... Le paysage est grandiose : volcans, sommets enneigés, lacs de montagne !
Il va de soi que lorsque la pente est rude, même si la route est droite, tout un tas de choses tombent des rangements supérieurs. Le plus drôle a été la chute des fruits ; le plus triste, celle d'un magnifique crâne de camélidé lors de la dernière heure de descente. Dommage...

mercredi 7 novembre 2007

La vallée de Casma

La Vallée de Casma-Sechin, où coulent les deux fleuves du même nom, compte de nombreux sites du Formatif. Nous en avons vu pas mal!

Sechin Alto, récemment fouillé par les Pozorsky (Thomas et Shelia), se compose d'une série de places, avec patios circulaires. Le site mesure 300 mètres de long sur 200 m de large, et 35 m de hauteur, c'est l'un des plus grands de cette période (1600 avant Jésus-Christ quand même). Dans la zone la plus haute, les murs sont faits de blocs coniques d'adobe et de mortier. Malheureusement, les pillards sont passés par là et n'ont pas fait dans la dentelle.


Le site de Moxeque, un peu perdu dans la vallée, est lui aussi un beau tas de ruines, que l'on peine à imaginer dans son état initial. Là encore, nous étions tout excités à la découverte de la décoration polychrome d'une pierre... Je nous aime.

Pas grand-chose à voir à El purgatorio, quoique le site soit très étendu. On repasse ensuite à Cerro Sechin, que je connais déjà, cf les articles de fin septembre, et où le Professeur Kaulicke qui a travaillé ici nous présente ses théories sur la "glorification des vainqueurs".

Je passe un peu rapidement sur ces sites, car il n'y a pas tellement de choses à en dire en raison de leur état de conservation. Par contre, dans la sierra, il y avait de quoi garder les yeux grands oubleus !

mardi 6 novembre 2007

La forteresse de Chankillo

Dans notre vaillant mini-bus, nous voilà partis pour observer des sites du Formatif, période archéologique s'étendant environ de 1500 à 300 avant Jésus-Christ, au programme ce semestre.
Première étape de notre tour : la forteresse de Chanquillo, dans la vallée de Casma. Pour s'y rendre, il faut quitter la piste et marcher dans le désert, jusqu'à apercevoir... les ruines des enceintes.
Vu du ciel, le site a une drôle de forme géométrique. Il est composé de deux tours principales, entourées de plusieurs murailles en grande partie écroulées. Sur une colline en contrebas, treize tours s'alignent : deux archéologues ont confirmé cette année qu'il s'agit de l'observatoire solaire le plus ancien d'Amérique, avec près de 2300 ans. Les tours marquent les soltices, les équinoxes et les mois.
La "forteresse", elle, date du Formatif récent (400 av. J.-C.), des fouilles ont été menées récemment par une équipe de la Catolica, et ont permis de restaurer une sorte de temple rectangulaire. Au sommet, les deux tours ont des entrée en "L" pour protéger astucieusement l'accès.

Bien sûr, aucun touriste en vue à moins de 10 km. Mais nous-même avions tout d'une bande de joyeux touristes, appareils photos en bandoulière. Seules changent les conversations :
- Oh! J'ai trouvé un métatarse!
- Professeur! Ce fragment de céramique, il est poli ou lissé?
- Bien poli, celui-là. Tiens, mets-le dans mon sac.
- Ils ont publié les derniers résultats des excavations?
- Il y a un article d'Yvan Ghezzi dans Science, et bien sûr les Pozorsky qui travaillent sur l'ensemble de la vallée... mais je ne suis pas d'accord avec leur vision de l'intégration régionale durant le Formatif...
Etc. J'adore.

Ce fut donc l'occasion d'une très belle promenade dans le désert, à escalader des dunes et des collines, pour suivre le Professeur Kaulicke qui marche vite et seul. Un grand moment.

lundi 5 novembre 2007

CHE-VE-RE ! ! !

Chévere ['tseBere] (fam) adj. Super.
Ce n'est pas assez fort en français pour rendre le ressenti de ces quatre jours de voyage. Mais ceux qui se sont lassés des sensas', extra, in, super, good, cool, hype, fun & éclate, flex et j'en passe, diraient plutôt de nos jours : über. En plus, comme nous étions accompagnés par le professeur Kaulicke qui a tout d'un Allemand, voilà qui parait approprié. C'était über.

Ramenant une tonne de photos et vidéos (800 Mo), je peux d'ores et déjà vous promettre de magnifiques articles bien chévere. Nous (10 étudiants d'archéologie, les professeurs Kaulicke et Ikehara, ainsi que nos deux chauffeurs) avons été visiter des sites du Formatif dans la vallée de Casma (la côte nord, à 5 h de Lima), puis à Huaraz et Chavin de Huantar, à un peu plus de 3000 m d'altitude pour ces derniers.

Dans la même journée, on peut voir les dunes immenses se jeter dans le Pacifique, marcher dans le désert à la recherche d'une citadelle Huari, grimper de 4500 mètres et apercevoir les sommets enneigés des Andes... Et c'est vraiment grandiose. Alors j'enfonce les pieds dans le plat des portes grandes ouvertes ou d'une autre couleur, et je vous le redis :

Vraiment, c'est le Pérou ! !