samedi 24 avril 2010

Evo Morales : le poulet aux hormones rend homo.

Fin de la Conférence Mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre mère, qui vient de se tenir en Bolivie. Le discours final, qui vaut son pesant de cacahouètes, mêle les prévisions les plus pessimistes du GIEC au discours anti-capitaliste le plus radical (nous vivrions "la crise terminale du modèle de civilisation fondé sur la soumission et la destruction des êtres humains et de la nature, qui s'est accéléré avec la révolution industrielle"), prône l'adoption d'une Déclaration universelle des droits de la Terre mère, et exige des "pays développés" qu'ils assument le coût des centaines de millions de migrants climatiques qui ne tarderont pas à arriver.
Le Monde n'y voit qu'un généreux "appel populaire à un tribunal du climat", où les victimes du changement climatique se font enfin entendre. Plusieurs journaux sud-américains ont eu, de leur côté, la bonne idée de relever quelques phrases d'Evo Morales qui coincent un peu. Ce n'est pas parce qu'il est Bolivien, syndicaliste, indigène, de gauche ou quoi que ce soit qu'on n'aurait pas le droit de creuser son discours : voici donc le plus gratiné.
- "Le poulet que nous mangeons est bourré d'hormones féminines. A cause de cela, quand les hommes mangent ces poulets, ils ont des déviations dans leur identité masculine", assure Evo, tandis que le boeuf aux hormones développe prématurément la poitrine des jeunes filles : il faudrait donc "s'alimenter exclusivement avec des animaux créoles", bien de chez nous, sans OGM. Car c'est bien connu, le poulet aux hormones cause l'homosexualité.
- "La calvitie, qui semble normale, est une maladie en Europe, ils sont presque tous chauves. C'est à cause de ce qu'ils mangent. Alors que chez les peuples indigènes il n'y a pas de chauves, parce que nous mangeons d'autres choses. Dans cinquante ans tout le monde sera chauve" en Europe, à l'en croire.
- "Notre pomme de terre originaire [= autochtone, bien de chez nous, de souche] est satanisée", les patates hollandaises qui arrivent en Bolivie contiennent des hormones de poisson et doivent être épluchées, parce que leur peau contient du venin concentré, alors que les patates boliviennes peuvent se manger avec la peau.
- Plus drôle encore, une diatribe contre le Coca-Cola, symbole traditionnel de l'impérialisme yankee : d'après Evo, les plombiers utiliseraient le Coca-Cola pour déboucher les toilettes, tellement il contient de produits chimiques. Lui-même serait tombé malade après avoir bu du Coca dans les années 1990, alors qu'il tient si bien la chicha, c'est donc que ce n'est pas un produit naturel et sain. Cette théorie du Coca comme déboucheur de canalisations est connue, d'ailleurs il existe plein d'autres légendes urbaines sur le Coca-Cola : les ouvriers de Fiat utiliseraient du Coca comme dissolvant sur les chaines de montage, il dissoudrait un morceau de viande en trois jours, ou encore serait contraceptif...

Le reste du discours est à l'avenant. Evo Morales vient d'ailleurs de créer le Ministère de la Terre mère, et plusieurs députés boliviens ont proposé son nom pour le Prix Nobel de la paix. Mais bien sûr ! Sacré Evo : s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer.

Au Pérou, le chef historique du Sentier Lumineux réclame le droit de se marier (Le Monde)

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Ils l'annonçaient depuis plusieurs jours et ont mis leur menace à exécution. Le chef et fondateur de la guérilla du Sentier lumineux, Abimael Guzman, et sa compagne, Elena Iparraguirre, ont commencé, mardi 20 avril, une grève de la faim dans leur prison respective."Ils ne prendront désormais plus aucun aliment solide et ne boiront que des liquides", a rapporté leur avocat Alfredo Crespo.


Emprisonnés depuis dix-huit ans, les dirigeants historiques du Sentier lumineux, le mouvement armé d'inspiration maoïste à l'origine du conflit intérieur ayant provoqué la disparition de près de 70 000 personnes au Pérou entre 1980 et 2000, protestent contre les autorités péruviennes qui les empêcheraient de se marier."Ils veulent officialiser la relation qu'ils ont depuis 1989, mais les autorités ne leur donnent pas les documents nécessaires pour réaliser les démarches administratives", a expliqué Alfredo Crespo.Une accusation démentie par Ruben Rodriguez, le chef de l'Institut national pénitentiaire (INPE), qui affirme avoir accédé à la demande du prisonnier, tandis que le ministre de la justiceVictor Garcia a assuré, mardi, que les droits des chefs de la guérilla étaient respectés.


Il y a déjà plusieurs mois que l'avocat a annoncé la volonté d'Abimael Guzman, 75 ans, d'épouser sa compagne, numéro 2 du mouvement de la guérilla, Elena Iparraguirre, 62 ans. Ensemble, ils ont mené la "guerre populaire" contre l'Etat péruvien et ordonné les meurtres et attentats sanglants qui ont caractérisé l'action du Sentier lumineux pendant près de deux décennies.
Ils étaient aussi ensemble le 12 septembre 1992, lorsque la police perquisitionna le domicile où se cachait Abimael Guzman. Une arrestation qui marqua le début de la chute de la guérilla.
Jugés depuis coupables de terrorisme aggravé contre l'Etat et d'homicides qualifiés, les chefs du Sentier lumineux purgent aujourd'hui, chacun de leur côté, une peine de prison à perpétuité. "Ils ont été condamnés à une peine privative de liberté, mais ont des droits comme tous les prisonniers du monde", insiste Alfredo Crespo qui estime que les droits du guérillero, en isolement depuis 1992, sont bafoués. "On l'empêche de se marier, on lui nie l'autorisation de recevoir des visites ou des livres", dénonce l'avocat.
Le couple ne s'est pas revu depuis la fin de son procès en octobre 2006 et communique, depuis, par écrit. "En tant que concubins, nous devrions avoir un droit de visite familiale. Mais les autorités ne me donnent pas l'autorisation de voir Abimael, car elles disent que je ne suis pas mariée avec lui. Chose qu'elles n'exigent d'aucun autre prisonnier de ce pays", s'est plainte Elena Iparraguirre, mardi, sur la radio RPP qu'elle a joint par téléphone depuis la prison.
Une entrevue entre les deux anciens responsables du mouvement armé ne pourrait-elle pas être considérée comme une réunion stratégique plutôt qu'un rendez-vous amoureux ? "La loi est la même pour tous, a déclaré l'ancienne dirigeante. Quelles que soient les choses que l'on a faites, elles ont été jugées par l'Etat et nous avons été condamnés (...). La guerre au Pérou a duré douze ans et a pris fin."



Chrystelle Barbier
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Même si la nouvelle paraît très intéressante, il n'y a, au fond, rien de bien nouveau. Guzmán a formellement demandé à se marier avec Elena Ipaeeaguirre, "camarade Miriam", depuis au moins quatre ans : d’après le règlement pénitentiaire, les prisonniers mariés ont le droit de se voir une fois par semaine. Mais alors, pour des raisons de sécurité (les transports hebdomadaires d'une prison à l'autre n'étant pas sûrs), cela obligerait à les réunir à nouveau, ce que les autorités ne souhaitent pas.
Guzmán réalise des grèves de la faim chaque fois qu’il veut améliorer ses conditions de détention ; depuis la fin des années 1990, il en fait au moins une par an. Ça l'occupe. A part ça, il n'attend plus grand-chose de la vie. S'il était mort en combattant l'Etat péruvien, il aurait été un martyr ; mais après sa capture il a finalement accepté de collaborer avec Fujimori et d'appeler à la trêve, et a perdu tout crédit. Comme le procès monté juste après sa capture était entaché de soupçons de non-impartialité, une révision a eu lieu en 2006 pour être au clair juridiquement, et depuis, même les ONG de défense des droits de l'homme n'ont rien à dire.  Guzmán  a publié quelques exemplaires de sa "défense légale politique" l'année dernière, De puño y letra. Mais c'est long, 18 ans.

lundi 19 avril 2010

Magaly Solier - La Sirena

Voici une des plus belles chansons de La teta asustada, la chanson de la sirène. Vous pouvez aussi la retrouver dans le film, entre 52 et 54 minutes. Après plusieurs mélodies en quechua, c'est la première chanson en espagnol du film, dans un moment de tension : Fausta travaille comme employée domestique chez une riche pianiste. Celle-ci l'entend chanter, et lui promet une perle de son collier cassé pour chaque chanson. Après avoir longtemps refusé, Fausta finit par céder, et chanter La Sirena... C'est tout simplement beau.

Les paroles:
Dicen en mi pueblo que los músicos
hacen un contrato con una sirena,
si quieren saber cuanto durará,
durará el contrato con esa sirena.

De un campo oscuro tienen que coger
un puñado de quinua para la sirena
ya si la sirena se quede contando
dice la sirena que cada grano significa un año.

Cuando la sirena termine de contar
se lo lleva al hombre y le suelta al mar
pero mi madre dice dice dice
que la quinua difícil de contar es y
la sirena se cansa de contar.

Y así el hombre para siempre
ya se queda con el don.

(Dans mon village, on dit que les musiciens ont un contrat avec une sirène. Pour savoir combien de temps durera le contrat, il faut prendre une poignée de quinua pour la sirène dans un champ sombre... La sirène reste à compter, et dit qu'un grain représente un an. Quand la sirène a finit de compter, elle emporte l'homme et le jette à la mer. Mais ma mère dit qu'il est difficile de compter la quinua, et la sirène se lasse de compter. Alors l'homme garde son don pour toujours...)

jeudi 15 avril 2010

Voir "La Teta Asustada" gratuitement !

Le film La teta asustada, de la Péruvienne Claudia Llosa, qui a remporté l'ours d'or 2009, est une coproduction péruano-espagnole. Et la chaine espagnole RTVE a eu la bonne idée, pour le diffuser plus largement, de le mettre en ligne sur son site.
C'est gratuit, c'est limité dans le temps, et c'est ici !

Profitez-en, ça ne durera pas longtemps (la mise en ligne), le film dure 1:30, c'est bien sûr en espagnol avec quelques chansons en quechua sous-titrées.
Le film est étrange et beau, avec quelques péruanismes magnifiques... Mon passage préféré, c'est celui des vendeurs de cercueils [entre 15:45 et 17:45], tellement péruvien... Bon film !

lundi 12 avril 2010

samedi 3 avril 2010

Tiempo Santo en los Andes - Madeinusa

J'avais évoqué il y a deux ans la tradition andine, citée dans le roman Abril Rojo de Santiago Roncagliolo (2006), sur les derniers jours de la Semaine Sainte. Il me semble que Roncagliolo a repris l'idée du film de Claudia Llosa, Madeinusa (2005). Avant de remporter l'Ours d'or de Berlin pour La teta asustada, Claudia Llosa avait réalisé un premier film se déroulant dans un village perdu des Andes, Manayaycuna, durant la semaine sainte.


Dans ce village, un vieillard tourne les heures d'une horloge de papier et annonce, entre 15h le Vendredi Saint et 6h du matin le dimanche de la Résurrection, le "Tiempo Santo" : une fois que le Christ est déposé de croix et qu'on lui a bandé les yeux, Dieu est mort, il ne voit pas, il ne condamne pas, tout est donc permis : alcool, danse, libertinage sexuel... 
On voit sur cet extrait vidéo le vieillard tourner les heures, annonçant la fin de la cérémonie religieuse. Puis le maire, en brisant une poterie, lance les festivités...
Cette année-là, tout est bouleversé par l'arrivée juste avant les fêtes de Salvador, un jeune géologue de Lima, bloqué pour plusieurs jours à cause d'une panne.  Il tombe amoureux de Madeinusa, la fille du maire, qui vient d'être déclarée "Virgen màs bonita" et portée en procession pour les fêtes.
Cette tradition de débauche lors du Tiempo Santo est, bien sûr, une invention littéraire, même si elle reste plausible et intéressante. Les yeux bandés du Christ, le vieillard qui compte les heures en regardant simplement le soleil, et reste en-dehors du péché, les fêtes alcoolisées pleines d'excès, tous les éléments entrent en cohérence... Le géologue Salvador représente l'étranger, et le "sauveur" : il voit ce qui devait rester entre la population complice, il donne à Madeinusa des perspectives d'avenir, puisqu'elle finit par quitter son village pour aller à Lima. Le nom donné à la jeune fille reflète cette ambivalence : "Made-in-usa" illustre à la fois l'attirance pour l'étranger et l'envie de rester dans une communauté fermée (il paraît que c'est un prénom existant au Pérou, comme il y a des Jonefekenedy ou autres anglicismes).

Le film a été très critiqué lors de sa sortie, et dénoncé comme raciste : il montre la population andine sous un jour peu flatteur (pour tout vous révéler, le maire n'attend que le Tiempo Santo pour violer sa fille, qui finit par l'empoisonner...). Cf article précédent, on a tendance à dénoncer le racisme partout au Pérou. 
Voici la suite de la vidéo précédente : fin de la fête, fin du Tiempo Santo... et au matin, Madeinusa s'enfuit de Manayaycuna pour aller vivre à Lima.