Arte diffuse, le 4 juin 2010 à 22h45, un reportage intitulé "Le ventre des femmes" qui revient sur les stérilisations forcées, la politique de "santé reproductive" du second gouvernement Fujimori (1995-2000).
Plus de 300 000 femmes et 30 000 hommes ont été stérilisés en cinq ans, par ligature des trompes et vasectomie, la plupart du temps sans recueillir le consentement des personnes. Les médecins avaient des quotas d'opérations à réaliser par mois, et faisaient à la hâte le tour des villages pour remplir leurs objectifs, avec une faible formation. D'où un certain nombre de complications et, parfois, de décès. La plupart des opérations ont été réalisées dans les départements les plus pauvres, auprès de paysannes quechuaphones, souvent analphabètes, et sans suivi post-opératoire.
Les objectifs de cette politique étaient multiples.
D'une part, limiter la croissance démographique : le taux moyen de natalité au Pérou est de 2,7 enfants par femme, mais atteint 5 enfants dans les zones rurales, et 8 dans les zones éloignées de la sierra. On espérait ainsi pallier l'inefficacité -ou l'absence- de politiques sanitaires et sociales, même si la population est passée, entre 1993 et 2007, de 22 à 28 millions d'habitants;
De plus, c'est dans ces régions rurales que le Sentier Lumineux avait recruté ses troupes, on sanctionnait ainsi ses bases et réduisait sa possible réapparition à l'avenir.
D'autre part, cela faisait partie de la politique économique de réduction de la pauvreté. Fujimori, qui avait mis fin à l'hyper-inflation sous son premier mandat, était un applicateur zélé des théories du développement international et avait obtenu de bons résultats économiques. Mais la croissance du revenu par tête, le seul vrai objectif du développement et de la réduction de la pauvreté, dépend de trois facteurs : la technologie, le taux d'épargne et la croissance démographique. Le "Consensus de Washington" et les recommandations internationales vont dans ce sens : pour que la croissance profite au pays et augmente le revenu/tête, il faut accueillir les capitaux étrangers, contrôler les naissances... Plus la démographie est dynamique, plus il faut constituer un capital important pour maintenir le taux de revenu/tête. Mais la plupart des pays d'Amérique latine ont un faible niveau d'épargne et une forte démographie, et la croissance ne suffit pas à augmenter les revenus : c'est ce qu'on appelle une trappe à pauvreté, un des principaux arguments légitimant l'aide au développement.
D'autre part, cela faisait partie de la politique économique de réduction de la pauvreté. Fujimori, qui avait mis fin à l'hyper-inflation sous son premier mandat, était un applicateur zélé des théories du développement international et avait obtenu de bons résultats économiques. Mais la croissance du revenu par tête, le seul vrai objectif du développement et de la réduction de la pauvreté, dépend de trois facteurs : la technologie, le taux d'épargne et la croissance démographique. Le "Consensus de Washington" et les recommandations internationales vont dans ce sens : pour que la croissance profite au pays et augmente le revenu/tête, il faut accueillir les capitaux étrangers, contrôler les naissances... Plus la démographie est dynamique, plus il faut constituer un capital important pour maintenir le taux de revenu/tête. Mais la plupart des pays d'Amérique latine ont un faible niveau d'épargne et une forte démographie, et la croissance ne suffit pas à augmenter les revenus : c'est ce qu'on appelle une trappe à pauvreté, un des principaux arguments légitimant l'aide au développement.
Du coup, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Fonds des Nations-Unis pour la Population (UNFPA) ont soutenu et financé les campagnes de stérilisation. Cela participait des objectifs du millénaire pour la réduction de la pauvreté...
Plusieurs procès ont eu lieu en 2009 et 2010, qui ont reconnu que la campagne ne constituait pas un crime contre l'humanité, et qu'il y avait prescription. L'Etat n'a jamais indemnisé que les ayants-droits de quelques personnes décédées (moins d'une dizaine d'indemnisations, sur environ un millier de décès).
Deux articles pour compléter cela : Campagne de stérilisation au Pérou : l'Etat bistouri, du Conseil du statut de la femme (Québec), sur la question des droits individuels et les complications dues aux opérations ; et Démocratie et mondialisation de l'économiste Jean-Paul Fitoussi, où il rappelle, page 5, que Robert Barro (l'un des plus brillants économistes contemporains) estimait en 1997 que le plus efficace des régime politiques, du point de vue économique, était à mi-chemin entre la démocratie et la dictature. Cela permet d'assurer les libertés économiques et la propriété privée, sans subir tous les inconvénients de la démocratie (redistribution inefficace, distorsions entraînées par les groupes de pression...). Le gouvernement Pinochet au Chili et Fujimori au Pérou étaient ainsi montrés en exemple comme de justes milieux. On n'est pas obligé de suivre ce raisonnement...

