jeudi 30 septembre 2010

Que insania!

Je les croyais endormis, ils reviennent !
C'est donc avec un plaisir non dissimulé que je vous présente le site queinsania. Il s'agit d'une bande de jeunes de Lima, qui réalisent de temps en temps des petits films humoristiques. C'est amateur, "hecho en casa", mais il y a de l'inspiration, beaucoup d'humour et même des calembours^^. Et surtout, tout se passe à Lima, ce qui permet de voir la ville de l'intérieur, par ses jeunes. L'humour péruvien est tout à fait compréhensible à qui comprend la langue, d'autant plus qu'ils font beaucoup de parodies de séries TV. Dans les vidéos, on trouve par exemple :

- La decision final : que se passe-t-il dans la tête d'un jeune à qui son père demande des comptes un lendemain de soirée trop arrosée ?

- A prueba de nada: San Borja. Je ne connais pas l'émission parodiée, mais c'est le concept du bonhomme largué en territoire hostile et qui doit s'en sortir. Voilà donc notre héros abandonné en plein coeur de San Borja, un des quartiers résidentiels chics de Lima : des noms de rue qui changent, d'autres en double sens, impossible de trouver un taxi... Seule façon de s'en sortir : rejoindre la Javier Prado, la grande avenue qui traverse Lima d'est en ouest. On suit donc ses pérégrinations dans San Borja, entrecoupées de conseils pratiques et de voix off style "Man vs. Wild".
Le héros : "Il faut faire extrêmement attention à ce carrefour, où l'avenue se croise elle-même !" En effet, l'avenue San Borja nord rencontre... l'avenue San Borja nord. Surréalisme de l'organisation urbaine. Voix off : "En 1948, un couple perdu arriva à ce carrefour. La confusion totale les amena à se manger l'un l'autre".

- La danse de la cheminée, qui date de Noël dernier : filmé sur une terrasse avec toute la qualité d'un clip de cumbia (c'est dire), c'est un sympathique merengue doucement grivois où Papa Noël, un lutin vert et Rodolfo le renne se déhanchent en cadence. A noter dans les paroles du lutin, criantes de vérité et que l'on retrouve dans tout CV péruvien : "Je suis un travailleur proactif, je suis les idéaux de l'entreprise, j'aime répondre à de nouveaux défis, je maîtrise Windows, Office, Internet..."

Bref : c'est tout bête, mais c'est drôle. Aprovechen!

mardi 28 septembre 2010

Cristal - En todas partes

Petit intermède d'union nationale et de cerveza Cristal !

mercredi 22 septembre 2010

La familia de Ezequiel Arce con su cosecha de papas

Puisqu'on parle de Martin Chambi, voici La famille d'Ezequiel Arce et sa récolte de pommes de terres, photo prise à Cuzco en 1939. 
Cette photo est exposée à Paris, dans la station de métro... Parmentier, et faisait également partie des illustrations de l'année internationale de la pomme de terre, décrétée par l'ONU en 2008 à la demande du Pérou. L'IYP (International Year of Potato, bien sûr) visait à montrer l'importance des pommes de terres dans l'alimentation mondiale : nourrissantes et faciles à cultiver, elles ne sont pas commercialisées sur les marchés mondiaux, contrairement aux céréales, et sont donc moins soumises aux fluctuations financières. On ne dira jamais assez la contribution de la pomme de terre à la souveraineté alimentaire des pays en développement. Preuve de son importance stratégique, le premier pays producteur est actuellement la Chine !
De cette mémorable année passée inaperçue dans les pays développés, il reste le site potato2008.org qui présente plein d'informations sur ce tubercule passionnant. Et de très belles photos des patates andines, extrêmement variées.

Dans la série patate, je demande :
- L'actu en patates, blog lié au Monde et fort agréable à regarder ;
- Monsieur Patate, protagoniste des trois Toy Story ;
- les expressions québécoises faire patate, qui signifie échouer, manquer son coup, n'avoir pas su résister dans l'eau bouillante... ; être dans les patates : être dans l'erreur / sortir de route ; et ne pas lâcher la patate : persévérer.

vendredi 17 septembre 2010

Suma Sumaq, le Pérou à Paris !

Je me fais le relais des célébrations organisées à Paris autour du 120e anniversaire de l'Alliance Française de Lima, dont on voit déjà les affiches poindre sur les murs de Paris, et qui auront lieu du 23 septembre au 30 octobre.
"Le Pérou va pouvoir donner un aperçu de ses plus grands talents du moment dans ce cycle d’Alliances en résonance, Suma Sumaq, le Pérou à Paris. Du 23 septembre au 29 octobre seront présentés des artistes péruviens, les plus connus à l’étranger et qui ont accompagné l’Alliance française de Lima au cours des dernières années. On y trouvera les musiciens Susana Baca, La Machete et Javier Echecopar, la troupe du nouveau cirque La Tarumba, l’œuvre d’Alberto Quintanilla, deux jeunes photographes Morfi Jimenez Mercado et Conrado Aguilar et la créatrice de mode Naty Muñoz. Deux tables rondes co-organisées avec l’IFEA (Institut Français d’Etudes Andines) sont également au programme. Toutes ces manifestations auront lieu dans des endroits différents de Paris."

Le programme est disponible ici, avec plein de belles choses. 
J'ai déjà repéré une table ronde sur « La Conquête de l’Empire Inca » à la Pinacothèque de Paris, le 13 octobre à 19h (entrée libre, réservation au 01 42 68 81 07 ou sur servicedespublics@pinacotheque.com). Avec Bernard Lavallée, Patrice Lecoq et Carmen Bernand en intervenants, on a pioché parmi les meilleurs spécialistes français. ...d'ailleurs, Bernard est-il le fils de Danièle Lavallée ?
Du 15 octobre au 13 novembre, exposition photographique des oeuvres de Morfi Jimenez Mercado et Conrado Aguilar, à la Galerie Talmart, 22 rue du Cloître Saint Méri 75004 Paris (entrée libre). Le premier est un photographe de 34 ans qui fait des photos intemporelles, mélange de traditions, de souvenirs et de modernité... Un bel aperçu sur son site : http://www.morfijimenezmercado.com
Et enfin, le clou des festivités : deux concerts de Susana Baca le 30 septembre et le 1er octobre à 20h30. C'est payant cette fois, voir programme. Susana Baca est la chanteuse afropéruvienne la plus connue, elle a d'ailleurs été décorée en France dans l'ordre des arts et des lettres. La musique afropéruvienne fait partie de la culture populaire de la côte du Pérou, et se reconnaît facilement au son du cajón : c'est une caisse de bois sur laquelle on s'assoit et qui sert de percussions, typique de la musique afropéruvienne et créole. Petite démonstration avec Samba Malató, de Susana Baca :

mercredi 8 septembre 2010

Les archanges du vice-royaume du Pérou

Au fil du temps, les souvenirs du Pérou s'effacent. Les sons et les odeurs de la rue, la fierté nationale, l'accent si particulier, s'éloignent un peu, tandis que d'autres images ou d'autres symboles prennent la relève pour représenter ce pays et son histoire.
Quelque chose qui, pour moi, représente profondément le Pérou, plus que le lac Titicaca, les lamas ou le Pisco, ce sont les archanges. Relativement peu présents dans l'art occidental, les archanges ont fait l'objet, au contraire, d'une véritable fascination dans le vice-Royaume du Pérou, surtout au XVIIe et XVIIIe siècle.



Parmi les différents types, l'archange porteur d'arquebuse est le nec plus ultra. L'arquebuse était une arme à feu très utilisée par les conquistadors. Sa représentation en peinture (alors que les archanges représentés en Europe portent le plus souvent une épée) est une création américaine. Elle s'inspire sans doute des gravures de traités militaires d'infanterie qui circulaient dans le nouveau monde.
La fête de Saint Michel, patron des archanges, était le seul jour où les Indiens étaient autorisés à porter des armes : ils défilaient, vêtus comme comme des anges-soldats. Une tentative échouée de soulèvement, en 1750, prévoyait d'ailleurs de mettre à profit cette fête, puisque les indiens avaient accès aux arsenaux dès la veille.
L'engouement pour les archanges s'explique essentiellement par les conditions de l'évangélisation du nouveau monde. Les archanges dirigent les milices célestes, sur lesquelles repose l'issue du combat final entre le bien et le mal. Ils représentent également les phénomènes naturels, les étoiles et les planètes, et se greffèrent vraisemblablement sur les croyances indigènes par cette personnification. Une autre explication vient du fait que la Compagnie de Jésus, fondée en 1540 et présente au Pérou dès 1568, était un ordre trop récent pour avoir déjà ses propres saints : les Jésuites dédièrent donc leurs églises à Saint Pierre, Saint Paul, Notre Dame de Loreto et Saint Michel. Des confréries indigènes étaient associées à la gestion des églises ; il y avait donc une confrérie placée sous la protection de l'archange Saint Michel à Lima, ce qui a pu jouer.

Dans le Pérou d'aujourd'hui, on trouve encore des reproductions de tableaux d'archanges dans de nombreuses maisons. Et pour le défilé costumé des épreuves Interfacultades 2008 à la PUCP, sur le thème "Anges et Démons", le cortège des Humanités était mené par... un archange à arquebuse.


-Tous ces tableaux sont ceux du Musée national d'archéologie, d'anthropologie et d'histoire du Pérou -