mercredi 8 décembre 2010

Le Nobel de Mario Vargas Llosa

Mario Vargas Llosa a prononcé mardi un discours lors de la remise du prix Nobel de littérature. A cette occasion, voici une interview toute fraîche avec Jean-Pierre Elkabach :

En fait, je la signale en partie parce que Nicolas Canteloup les a très bien imités tous les deux, reprenant le ton et la formulation toute elkabachienne des questions, autant que le charmant accent de Mario Vargas Llosa en français. Très bon !

Le transport public s'améliore à Lima !

Deux chantiers devraient améliorer les conditions de transport (assez déplorables, il est vrai) à Lima :
- El tren eléctrico, éléphant blanc du premier mandat d'Alan Garcia et promesse de campagne de... 1985, doit être achevé sous la mandature actuelle (avant 2011, donc). Il s'agit d'une sorte de métro suspendu, qui relie le centre de Lima aux quartiers sud (Villa El Salvador), plus récents, à l'urbanisation et la démographie fortes. Le trajet vers le centre pourrait donc mettre 30 minutes au lieu de deux heures en combi. Le premier tronçon serait achevé à 90%, une partie est déjà en service, après bien des retards.
Les travaux n'ont vraiment repris que depuis un an. Lima vivait donc depuis près de 20 ans avec ce chantier inachevé, un peu surréaliste. Voici quelques photos (2009) pour l'illustrer...





- El Metropolitano. Second grand chantier, désormais lancé, qui fonctionne bien et satisfait beaucoup de monde, il s'agit pour Lima d'une innovation remarquée. Le Metropolitano, c'est... des bus à soufflet, qui circulent sur des couloirs de bus réservés ! Il fallait y penser ! 
Le Tren Eléctrico est un projet du ministère des transports, tandis que le Metropolitano dépend de la métropole de Lima. Il faut toujours faire confiance aux collectivités locales, pour gérer des projets de transport urbain. 
Contrairement aux combis et aux micros, royaume de l'informel et de la criollada, le Metropolitano est moderne, propre... primermundista, quoi. Il n'y a plus de boleto qu'on te donne (ou pas) à un tarif approximatif, mais des pass, comme en France. Plus d'embarquement dans la rue au bon vouloir des chauffeurs, mais des stations carrelées. Ce petit spot du groupe Los Chapillacs fait de la réclame pour le projet : depuis l'arrivée du Metropolitano, tout est plus facile !

Comme l'affirme sérieusement le slogan : "Le Metropolitano est arrivé, le progrès est arrivé !"

dimanche 5 décembre 2010

Administration et politique au XVIe

Réflexion sur la politique menée au Pérou au XVIe siècle, la question du temps et du courage dans la prise de décisions. Trois chantiers en particulier : imposer l'autorité du roi ; mettre fin aux encomiendas ; gérer et administrer les hommes. C'est dans les décisions prises vers 1570 que le visage du vice-royaume du Pérou a été modelé pour deux siècle...

1. Imposer l'autorité du roi.
Après la conquête du Pérou (1532), deux modèles s'opposent : d'un côté les conquistadors, opposés entre partisans des frères Pizarro et partisans d'Almagro, souvent issus des régions pauvres d'Espagne comme l'Extrémadure cherchent à établir au nouveau monde ce à quoi ils ne pouvaient prétendre dans l'ancien : fonder une société féodale, et devenir seigneurs. Francisco Pizarro distribue les titres de marquis, de duc et de gouverneur à tour de bras. De l'autre côté, la couronne d'Espagne voit cela d'un mauvais oeil, et cherche à briser ces désirs nobiliaire. Elle sépare l'Amérique en deux, avec le Vice-royaume de Nouvelle-Espagne au nord et le Vice-Royaume du Pérou au sud, en 1542. Charles Quint envoie le premier vice-roi en 1543, qui peine à imposer son autorité et est tué par Gonzalo Pizarro en 1546 : les conquistadors, désormais installés, refusent qu'on les prive du monde qu'ils ne doivent qu'à eux-mêmes.
Le deuxième vice-roi réussira à mettre fin à la rébellion, à imposer l'autorité royale et à centraliser le pays autour de Lima plutôt que Cuzco. Le vice-roi était le lieutenant personnel du roi d'Espagne, plus qu'un administrateur nommé pour gérer un territoire : il était le roi. D'où une précision : l'Amérique hispanique n'a pas été une "colonie", c'était un territoire, ultramarin et sans continuité géographique, du royaume d'Espagne.
La conséquence de cette centralisation fut que se reconstitua autour du vice-roi un système et un esprit de cour, avec son étiquette et son rapport au pouvoir. Un chercheur de la PUCP a publié en 2007 Buscando un Rey ("A la recherche d'un roi : l'autoritarisme dans l'histoire du Pérou"), où il montre comment la société, les manières et la politique péruviennes contemporaines peuvent s'expliquer par cette origine curiale, cette volonté de plaire au souverain, ces lettres et ces supplications où l'on doit s'abaisser, s'humilier, pour quémander quelques prébendes. Il y a une part de vrai dans tout cela !


2. Mettre fin aux encomiendas
L'autre grand chantier des vice-rois, pour imposer leur autorité, fut de s'attaquer aux privilèges des conquistadors, principalement de leurs propriétés, les encomiendas. Vieille institution médiévale espagnole, elle fut adaptée au nouveau monde et instituée par un texte de 1503, qui autorisait les conquistadors à recevoir en gestion un terrain et les indiens s'y trouvant, à charge pour eux de les évangéliser. Cela avait permis de récompenser les conquistadors, selon leur ancienneté et leur bravoure, mais le caractère héréditaire de l'encomienda figeait la société en constituant des rentes et un pouvoir local puissant ; les encomenderos s'acquittaient assez mal de leur devoir d'évangélisation ; ils préféraient utiliser la main d'oeuvre disponible pour les travaux agricoles ou autres, provoquant le lent déclin des indiens placés en encomienda. Les "Nouvelles lois de Burgos", prises en 1542 sous l'inspiration de Bartolomé de la Casas, abolissaient l'encomienda, mais ne furent jamais appliquées à cause des résistances locales.

La question fut soulevée par Francisco de Toledo, le 5e vice-roi (de 1569 à 1580, soit 11 ans de gouvernement). Il voulut supprimer la perpétuité des encomiendas pour les transférer, à la mort du propriétaire, à la Couronne. Face à l'opposition des encomenderos et à la menace d'un nouveau soulèvement, il dut reculer, la question fut débattue, on chercha à apaiser les tensions, à peser le pour et le contre. La Couronne voulait protéger les indiens et affaiblir le pouvoir local, les encomenderos faisaient valoir que, s'ils devaient rendre la propriété à leur mort, cela ne les inciterait pas à l'améliorer ni à prendre soin des indiens (ce qui n'est pas faux).
La question des encomiendas ne fut jamais vraiment résolue, et marqua toute la fin du XVIe. Toledo parvint à imposer le transfert au bout de la 3e génération, compromis acceptable, qui ne put avoir lieu que du fait de la diversification de la société péruvienne : l'arrivée de nouveaux émigrants, le développement des marchands, des juristes, des ordres religieux... effaça peu à peu la primauté des conquistadors "historiques" dans la hiérarchie de la société.


3. Gérer et administrer la population.
Dernier grand chantier, la gestion des hommes.
Au niveau social, la politique initiale visait à séparer la société en deux communautés distinctes, la "Republica de Indios" et la "Republica de Españoles". La civilisation n'étant qu'urbaine, les Espagnols fondèrent des villes (Trujillo, Lima...) dans les années 1530-40 pour eux-mêmes, et commencèrent à regrouper, sous le vice-roi Francisco de toledo, les Indiens dans des "Réductions". Dans les Caraïbes, au Mexique ou au Pérou, villes et réductions étaient ordonnées en damier, avec un tracé géométrique organisé autour d'une place d'armes centrale -alors que les villes européennes de l'époque étaient plus irrégulières, enserrées, aux rues étroites et labyrinthiques. Mais la séparation ne fonctionna jamais, et les villes devinrent le lieu du métissage entre Espagnols, Indiens et Noirs, engendrant un éventails très large de situations (métisse, mulâtre, zambo, cholo, etc.) auxquelles on associa des valeurs sociales.
Au niveau économique, la grande préoccupation administrative fut d'assurer l'exploitation des mines d'argent : Potosi, Huancavelica... Alors que la population indienne déclinait, du fait des maladies, des mauvais traitement, des fuites et des suicides, Toledo généralisa la mita, système de travail forcé obligatoire. Chaque réduction, village ou communauté devait fournir des contingents de travailleurs (les mitayos), par rotation, pour servir dans les mines. L'histoire administrative des trente dernières années du XVIe siècle n'est qu'une succession de réformes pour élargir la base de recrutement, diminuer les évasions d'Indiens, regrouper les mineurs...

Le vice-royaume du Pérou, au XVIIe et XVIIIe siècle, a largement vécu sur les bases et les structures posées  entre 1540 et 1580. Quarante vice-rois du Pérou se sont succédés de 1543 à 1824, nommés et révoqués par les rois d'Espagne, qui gouvernaient depuis le Consejo de Indias, mais ne se rendirent jamais au nouveau monde. Les vice-rois étaient envoyés avec parfois un ordre de mission précis, dont ils rendaient compte au roi, mais la lenteur des communications leur conférait une grande liberté, et il s'en fallait parfois de plusieurs années pour exécuter une demande ou transmettre des données. Fidèles au roi, souvent bons gestionnaires, leurs décisions administratives ont eu une grande portée jusqu'à aujourd'hui. Par exemple, pour mieux administrer ces territoires immenses, ils créèrent progressivement huit Audiences, sorte de ressort des tribunaux de justice : Panama, Lima, Bogota, Charcas, Quito, Chili, Buenos Aires, Cuzco. Six des huit audiences sont aujourd'hui les capitales d'Etats sud-américains.

mercredi 1 décembre 2010

Lama

Vu sur le site du Concours photo du National Geographic
Photo n°25 : un lama sur une colline de Chavin de Huantar, dans le soleil couchant. Photo de John Palmer Gregg.