dimanche 8 mai 2011

La capture de Ben Laden

Tiens tiens tiens...
La capture de Ben Laden la semaine dernière me fait penser à autre chose : il y a des coïncidences dans l'air. Résumons : Ben Laden, l'ennemi public numéro 1, recherché depuis 10 ans, est finalement retrouvé dans une villa confortable, pas trop loin d'Islamabad alors qu'on l'imaginait mort ou en fuite en Afghanistan. Il était caché pas loin d'une caserne, dans un quartier peuplé de militaires à la retraite.


Ce dernier détail m'a fait penser à la capture d'Abimael Guzman, le leader du Sentier Lumineux. Lui aussi insaisissable après une décennie de guerre contre l'Etat péruvien, il faisait l'objet de multiples rumeurs sur sa vie, sa santé, sa localisation. Mais tandis que le Sentier lumineux était bien implanté dans la Sierra sud, et n'intervenait dans la capitale que par des coupures de courant répétées et quelques voitures piégées, Abimael, lui, résidait dans une maison de Lima, dans le district tranquille de Surquillo, pas loin du ministère de la Défense. Le quartier était lui aussi, c'est là que c'est amusant, principalement habité par des militaires : la plupart étant détachés en province, ils avaient besoin de louer leurs maison rapidement. La maison était habitée par un couple qui y avait installé une école de danse.

Il sortait à de rares reprises, pour certaines réunions politiques ou pour rencontrer d'autres dirigeants, mais la plupart du temps, cloîtré dans sa maison avec les principaux dirigeants (dont son épouse), il menait une petite vie tranquille : lever à 6h, lecture des journaux et de livres, préparation des documents du parti, déjeuner à 3h, lecture, lecture, lecture, coucher à minuit.
Début 1990, au sein de la Direction nationale contre le terrorisme (DINCOTE), le Groupe spécial de renseignements national (GEIN) fut créé pour s'occuper de lui. Il n'y avait qu'une vingtaine de personnes dans le service. En recoupant de multiples informations, en repérant et en suivant les membres du Sentier, en interceptant les conversations téléphoniques, en lisant Mao, il se rapprochèrent progressivement du réseau.
Il finirent par identifier la maison où se cachait Abimael, et obtinrent d'autres indices après plusieurs mois de planque (déguisés en vendeurs ambulants, en amoureux, en éboueurs...) : les poubelles ne contenaient pas de papiers, mais leur volume total était bien plus important que les autres maisons, bien trop pour deux personnes. Et il y avait des paquets de cigarettes Winston, la marque que fumait Abimael. On voyait parfois des ombres suspectes aux fenêtres. Les enquêteurs mirent la main sur un document officiel du Parti communiste du Pérou -Sentier lumineux, que la femme avait jeté dans le caniveau, à quelques centaines de mètres de la maison.

L'intervention eut lieu le 12 septembre 1992, et aboutit à la capture d'Abimael Guzman, de son épouse et de plusieurs autres leaders du Sentier lumineux. Le conseiller spécial du président Fujimori, Vladimiro Montesinos, négocia avec lui et obtint un accord de paix au bout d'un an. Les troupes encore en lutte se démobilisèrent, et ne mènent plus, depuis, qu'une action sporadique.

Là aussi, après l'annonce de la capture, ce fut une nuit de fête.