vendredi 29 juin 2012

Improbables eaux thermales

Souvenir : il y a deux mois, j'étais à Monterrey, petit village situé à côté de Huaraz dans la cordillère des Andes, au nord du Pérou, profitant des eaux thermales du lieu.
L'eau y sourd à 48° (rassurez-vous, l'autre bout de la piscine n'est pas aussi chaud), et doit aux sels ferrugineux cette belle couleur marron. Quelques heures avant de rentrer à Lima et deux jours avant le retour en France, je me retrouvais à faire des longueurs à 2700 mètres d'altitude dans ces eaux étranges, avant de voir tomber la pluie, en ayant le sentiment de vivre quelque chose d'assez improbable. Un grand moment !
De la piscine de Monterrey, il est loisible d'admirer un paysage de montagne verdoyant.
^ Oh oh, l'orage menace ! Mais de l'eau chaude sur de l'eau chaude, de toutes façons... 

Le Pérou compte pas mal de sources d'eau chaude et de baños aux propriétés thermo-médicinales réputées, que ce soit pour soigner les rhumatismes, le stress ou autres contrariétés de la santé qui est, selon une belle définition, "le silence des organes". Mais lorsque l'eau y est si chaude, il est fortement déconseillé d'y rester plus de 20 à 30 minutes afin, dit-on, de préserver ces derniers.

Les Péruviens aiment bien ces lieux de thermalisme : dans pas mal d'endroits, lorsque les conditions s'y prêtent, on peut trouver à la fois des piscines et des petits bains individuels ou matrimoniaux, qui ne désemplissent pas los fines de semana. Mais toutes les sources ne sont pas exploitées, loin de là ! Voici quelques autres lieux curieux :
^ Du côté du glacier de Pastoruri, le chemin passe par la source de Pumapashimin, source minérale gazéifiée :  là encore, il est assez improbable de constater qu'à 5000 mètres d'altitude, l'eau fait des bulles !

^ Un site archéologique connu comme El baño del inca, du côté de Vilcashuain (département d'Ayacucho). 

Les bassins de la ville Los Baños del Inca, proche de Cajamarca, de jour ^... et de nuit v : la température dépasse les 70° à certains endroits, et ça fume !


dimanche 17 juin 2012

jeudi 14 juin 2012

"Le Pol Pot péruvien"

Recension de Paulo A. Paranagua publiée dans Le Monde du 15 juin.

Il est délicat d'établir un classement de l'horreur. Pourtant, parmi les Latino-Américains fourvoyés dans la lutte armée, l'organisation péruvienne Sentier lumineux a manié comme aucune autre la terreur de masse. A tel point que ces maoïstes andins ont été appelés "polpotistes", car leur cruauté rappelait celle des Khmers rouges dirigés par Pol Pot.

La Commission d'enquête pour la vérité et la réconciliation évalue à plus de 69 000 les morts et disparus dans le conflit armé déclenché par le Sentier lumineux, tout au long des années 1980. Dans la majorité des cas, la responsabilité est imputable aux insurgés, même si les forces armées ont leur part d'exécutions sommaires et de disparitions, prenant souvent les paysans entre deux feux.

Ecrivain, scénariste, journaliste, Santiago Roncagliolo a voulu comprendre, alors que la plupart des Péruviens préfèrent tourner la page. Il a eu la persévérance et le talent nécessaires pour rendre visite à d'anciens militants du Sentier lumineux en prison et percer leur langue de bois. Pareil discours entretient un très vague rapport avec les réalités sur lesquelles il prétend agir. D'où la perplexité de l'opinion contemporaine et des historiens qui se penchent sur ses acteurs, avec le recul du temps.

Santiago Roncagliolo était particulièrement attiré par le principal dirigeant du Sentier lumineux, Abimael Guzman, qui se considérait comme la "quatrième épée" du communisme international, après Lénine, Staline et Mao. Ce personnage assez opaque, effacé derrière ses proclamations politiques, objet d'un culte digne d'une secte religieuse, semblait assez irréductible à une approche biographique. L'auteur intègre à son ouvrage le récit des difficultés rencontrées à chaque étape, selon les interlocuteurs ou les institutions.

Le résultat montre l'engagement d'une frange de la jeunesse péruvienne dans une aventure aussi dramatique. Les fractures sociales, territoriales et ethniques y sont certes pour quelque chose. Mais il fallait tout de même un bon degré de délire collectif pour se lancer dans une voie aussi violente, poussant la logique avant-gardiste jusqu'à nier toute autonomie des sujets sociaux.

Banalité du mal

Mû peut-être par le ressentiment du bâtard en quête de revanche, Abimael Guzman apparaît comme un bureaucrate, enfermé dans son gynécée, un appartement de Lima, éloigné du théâtre des opérations, à l'abri des représailles suscitées par son action. Depuis le procès où Hannah Arendt évoquait la banalité du mal, on sait que le bureaucrate démiurge peut être aussi pervers que les exécutants des basses oeuvres.

L'histoire du Sentier lumineux n'est pas finie, car des vestiges de la guérilla dopée par le trafic de drogue continuent à sévir dans des régions reculées du Pérou. A Lima, un mouvement pour l'amnistie regroupe des sympathisants décidés à obtenir la libération d'Abimael Guzman et des autres prisonniers, à passer l'éponge sur leurs crimes et à lancer un nouveau mouvement politique. Ailleurs, le cocktail mortel de l'idéologie et du sectarisme continue à faire le malheur des peuples.

La Quatrième Epée. L'histoire d'Abimael Guzman et du Sentier lumineux, Santiago Roncagliolo, Ed. du Cerf, 270 p., 24 €.